Le Baron Pierre de Coubertin, rénovateur des Jeux Olympiques*

Né le 1er janvier 1863, à Paris, M. de Coubertin montra très tôt un penchant pour les études de lettres, d’histoire et les problèmes de pédagogie et de sociologie. Renonçant à une carrière militaire à laquelle il semblait voué par tradition de famille, répudiant aussi une carrière politique qui s’ouvrait devant lui, Pierre de Coubertin, à l’âge de 24 ans, décidait de lancer un vaste mouvement de réforme pédagogique, et à 25 ans son œuvre était amorcée, les premières formules trouvées, les gestes préliminaires accomplis ; en effet, il avait alors déjà soumis à la Société pour l’avancement des sciences divers mémoires visant la transformation des études.

En 1899, soit vers l’âge de 26 ans, il eut pour la première fois l’idée de rétablir les Jeux Olympiques dont la célébration avait été abolie en 394 de noter ère et dont la disparition semblait alors définitive. Pendant quatre ans, sans se lasser, il prépara l’opinion tant en Angleterre, aux Etats-Unis d’Amérique qu’en France en vue de cette rénovation ; enfin, le 25 novembre 1892, alors qu’il était âgé de 29 ans, il annonça au cours d’une conférence à la Sorbonne que les Jeux Olympiques disparus depuis quinze siècles allaient réapparaître, modernisés, avec un caractère cosmopolite.

Cette prévision fur pratiquement réalisée dans un congrès international et sportif qu’il convoqua en 1894 en cette même Sorbonne, à Paris. Quinze nations diverses étaient représentées parmi lesquelles les Etats-Unis, l’Angleterre, pays où la pratique du sport était déjà très développée et sans l’adhésion desquels aucun mouvement d’ordre international ne pouvait être envisagé.

Au cours de ce congrès qui dura huit jours, M. de Coubertin sut si bien communiquer son enthousiasme à tous ceux qui, dans le monde entier, se passionnaient pour les exercices sportifs, qu’il fut décidé à l’unanimité, le 23 juin 1894 de rétablir les Jeux Olympiques et de les célébrer désormais tous les quatre ans, tour à tour dans différents pays. Un comité international fut constitué pour veiller aux destinées de cette institution.

Deux ans plus tard, soit en 1896, la Grèce célébrait dans le stade d’Athènes reconstruit, les premiers Jeux Olympiques du cycle actuel. Le char triomphal était en marche : successivement ces joutes furent célébrées avec un succès toujours croissant à Paris en 1900, à Saint-Louis en 1904, à Londres en 1908, à Stockholm en 1912 : la guerre empêcha la célébration des Jeux de 1916 fixés à Berlin : Anvers eut l’honneur d’organiser les Jeux de la VII° Olympiade en 1920 ; puis ce furent les villes de Paris en 1924, d’Amsterdam en 1928, de Los Angeles en 1932 et de Berlin en 1936. Sur l’initiative du baron de Coubertin, un cycle spécial de Jeux d’hiver fut institué dès 1924 ; les premiers furent célébrés à Chamonix, puis à St Moritz en 1928, à Lake Placid en 1932 et Garmisch-Partenkirchen en 1936.

Chacun connaît l’histoire de ces Jeux, mais ce que l’on ignore en général c’est le travail inlassable, la ténacité, la persévérance de M. de Coubertin pour réaliser, accomplir et perfectionner cette œuvre ; c’est à lui et à lui seul que nous devons toute l’organisation générale des Jeux Olympiques qui ont bénéficié de son esprit méthodique, précis, et de sa large compréhension des aspirations et des besoins de la jeunesse ; il fut en effet le seul ordonnateur des Jeux quant à la forme et au fond ; la charte et le protocole olympiques, de même que le serment de l’athlète restent son œuvre, tout comme le cérémonial de l’ouverture et de la clôture des jeux. D’ailleurs, jusqu’en 1925, il préside personnellement le Comité International Olympique, en assumant seul toutes les charges administratives et financières.

Actuellement, toutes les nations, toutes les races s’intéressent à l’olympisme et participent aux Jeux quadriennaux ; grâce à M. de Coubertin, la pratique de l’éducation physique et du sport est devenue populaire sur tous les continents, dans le monde entier, modifiant les habitudes et manières de vivre, exerçant une influence profonde sur la santé publique ; aussi est-il, dès lors, permis d’affirmer que le baron de Coubertin a réalisé un œuvre hautement humanitaire et sociale et qu’on peut le compter parmi les grands bienfaiteurs de l’humanité. Le titre de Président d’honneur des Jeux Olympiques, qui ne pourra plus être décerné après sa mort, et qui lui fut donné en 1925 lorsqu’il quitta la présidence du Comité International Olympique, était une récompense bien méritée de cette remarquable activité et de ses efforts pendant plus de trente ans à la tête de ce Comité.

Mais la rénovation des Jeux Olympiques n’est qu’une infime partie de l’œuvre du baron Pierre de Coubertin. En plus de nombreuses publications consacrées à la technique et à la pédagogie sportives, il a publié d’importantes études historiques, dont une remarquable « Histoire universelle » d’une conception toute nouvelle et comprenant quatre volumes ainsi que de nombreuses notices, études et brochures ayant trait à la politique, à la sociologie, à la pédagogie générale, à la réforme de l’enseignement, etc. L’ensemble de ses œuvres représente un total de plus de soixante mille pages et le répertoire de ses publications, établi par le Bureau International de pédagogie sportive en 1932, à l’occasion des 70 ans de M. de Coubertin, représente une brochure imprimée de 14 pages. Cet ensemble de travaux et études permettent de le classer au nombre des historiens les plus réputés de l’époque actuelle ; c’est aussi un grand pédagogue et un éminent sociologue.

Nous ne pouvons à notre grand regret, en cette courte notice biographique, donner une analyse de ses principaux travaux et même pas citer leurs titres, pas plus que nous ne pouvons mentionner toutes les initiatives qu’il prit, les congrès et conférences qu’il convoqua, les institutions qu’il créa, dont l’une fondée à Lausanne en 1928 lui tenait particulièrement à cœur : c’est le Bureau international de pédagogie sportive qu’il dirigeait personnellement et dont l’œuvre magnifique est à l’heure actuelle encore loin d’être achevée. En janvier 1937, lors de la commémoration de son jubilé pédagogique en l’Aula de l’Université de Lausanne après avoir retracé à grand traits son œuvre, M. de Coubertin ouvrait de larges et belles perspectives et indiquait à ses successeurs ce qui restait encore à achever. Ce fut un émouvant testament, un vibrant appel adressé à ceux qui lui étaient restés fidèles, aux hommes qui continueront son œuvre et auxquels il faisait allusion déjà en 1897 dans le « Roman d’un Rallié ». Nous ne pouvons mieux résumer son œuvre qu’en citant quelques passages de ce roman, le seul qu’il écrivit, et qui résument le genre de philosophie pratique dont se sont inspirés la plupart de ses écrits :

« La vie est simple parce que la lutte est simple. Le bon lutteur recule, il n’abandonne point ; il fléchit, il ne renonce pas. Si l’impossible se lève devant lui, il se détourne et va plus loin. Si le souffle lui manque, il se repose et attend. S’il est mis hors de combat, il encourage ses frères de sa parole et de sa présence. Et quand bien même tout croule autour de lui, le désespoir ne rentre pas en lui. »
« La vie est solidaire parce que la lutte est solidaire. De ma victoire dépendent d’autres victoires dont je ne saurais jamais les heures ni les circonstances et ma défaite en entraîne d’autres dont les conséquences vont se perdre dans l’abîme des responsabilités cachées. L’homme qui était devant moi a atteint, vers le soir, le lieu d’où je suis parti ce matin et celui qui vient derrière profitera du péril que j’écarte ou des embûches que je signale. »

 « La vie est belle parce que la lutte est belle – non la lutte ensanglantée, fruit de la tyrannie et de ses passions mauvaises, celles qu’entraînent l’ignorance et la routine – mais la sainte lutte des âmes cherchant la vérité, la lumière et la justice. »

Ce sont les paroles d’un sage, d’un grand philosophe reconnu comme le chef incontesté du mouvement sportif moderne.

La Suisse et surtout la ville de Lausanne, qui l’avait nommé bourgeois d’honneur à l’occasion de ses 73 ans, ont perdu en lui un ami dévoué. Il habita fréquemment, depuis 1910, la capitale vaudoise et s’y fixa définitivement en 1913, année où il convoqua en cette ville une session du Comité International Olympique et un congrès international de pédagogie et de psychologie sportives. Pendant la guerre, Lausanne devint le siège du Comité International Olympique et c’est en cette ville que ce Comité célébra son 25ème anniversaire de fondation, en 1919, en tenant sa première session d’après-guerre ; une nouvelle session du Comité International Olympique et un congrès international de technique sportive eurent lieu à Lausanne en 1921. Pendant la guerre, déjà, un musée olympique avait été ouvert à Lausanne par M. de Coubertin qui y fonda ultérieurement, en 1928, le Bureau international de pédagogie sportive. C’est M. de Coubertin qui a fait de Lausanne la capitale de l’Olympisme moderne ; c’est lui également qui, dès 1913, encouragea les autorités lausannoises à poser la candidature de leur ville comme siège des futures olympiades et l’un des souhaits qu’il formula au cours du dernier entretien que nous avons eu quelques jours avant sa mort, avait trait à la célébration des Jeux de la XIII° Olympiade, en 1944, à Lausanne.

Le 2 septembre 1937, à Genève, Pierre de Coubertin rendait le dernier soupir.

*NDLR : biographie publiée par les fondateurs du CFPC.