Les Enhanced Games. L’éthique du sport en question
À quelques jours de leur début, le 24 mai à Las Vegas, les Enhanced Games sont l’occasion d’ouvrir une réflexion sur l’avenir d’un sport confronté au dopage. Rappelons que les Enhanced Games, littéralement les « Jeux de l’humain améliorés », sont une compétition sportive qui verra s’affronter des athlètes aux performances augmentées par le prise de substances interdites. En l’occurrence, des produits bannis par l’Agence mondiale antidopage (AMA), mais approuvés par la Food and Drug Administration (l’autorité sanitaire américaine), sont autorisés, sous stricte surveillance médicale, pour les concurrents de cette compétition.
Si le suivi médical sur cinq ans, dont bénéficieront les participants, minore l’enjeu de santé publique du dopage, il jette une pleine lumière sur ses enjeux éthiques. Ceux-ci ne sont pas moindres avec le développement des biotechnologies et leur utilisation dans l’amélioration des capacités de l’être humain. Jusque-là cantonné dans le champ de la pharmacologie (amphétamines, stéroïdes, hormone de croissance, érythropoïétine…), le dopage pourrait revêtir de nouvelles formes avec l’apport de la médecine d’amélioration. L’effacement des frontières entre la médecine thérapeutique classique et la médecine d’amélioration est en effet considéré comme l’une des caractéristiques de la biomédecine du XXIe siècle : les nouveaux médicaments et technologies thérapeutiques peuvent être utilisés non seulement pour soigner le malade mais aussi pour améliorer certaines capacités humaines et en particulier les performances des sportifs.
La rencontre du sport et de la biotechnologie d’amélioration soulève des questions d’éthique, de philosophie et de politique sportive. Elles conduisent certains à remettre en cause la philosophie prohibitionniste officiellement défendue par les autorités sportives, au profit d’une éthique libérale, n’hésitant pas à remettre en cause l’idéal de pureté associé au sport : « se doper n’est pas nécessairement tricher. Tout dépend de la philosophie du sport que l’on souhaite choisir. »[1] D’autant qu’après bientôt trente années d’existence de l’AMA et malgré les contraintes imposées à la vie privée des athlètes (localisation), non seulement le dopage n’a pas été enrayé, mais, sur le plan éthique, les effets pervers ont été nombreux, qu’il s’agisse de la rupture d’équité entre dopés et non dopés ou, pire peut-être, de la suspicion qui entoure tout nouveau record.
Autant de questions qui n’offrent pas de réponses simples. Et qui justifieraient l’ouverture d’un débat de société que les Enhanced Games permettront peut-être d’ouvrir.
Bernard Maccario
[1] Dr J.-N. Missa, Le dopage est-il éthique ? Bruxelles, Académie Royale de Belgique, 2020.



