L’invention du marathon
Le marathon record de Sabastian Sawe en moins de 2 heures nous offre l’occasion de revenir sur l’origine de cette course et la part prise par Pierre de Coubertin.
C’est en effet le 10 avril 1896, alors que les premiers Jeux olympiques rénovés s’achèvent, qu’une vingtaine de concurrents sont au départ de la course dite « de Marathon ». Du nom de la bataille qui, plus de 20 siècles auparavant (- 490 avant notre ère), a opposé les Grecs aux Perses. Plus que des considérations sportives, ce sont bien des arguments culturels qui ont présidé à l’intégration de cette course au programme olympique.
A priori, rien ne justifiait l’inscription d’une course à pied de grand fond parmi les épreuves de la première édition des Jeux modernes. Une distance de ce type n’existait pas dans les Jeux antiques où la course la plus longue, le dolichos, n’excédait pas 5 000 mètres. De plus, à la fin du XIXe siècle, les courses de longue haleine sont le domaine d’athlètes professionnels, répondant à des paris, donc à l’opposé de l’éthique de l’amateur.
L’initiative en revient à Michel Bréal, professeur de grammaire comparée au Collège de France, également membre de l’Institut de France. Helléniste convaincu, c’est aussi un citoyen engagé, particulièrement attaché à des causes chères à Pierre de Coubertin : l’éducation, dont il défend activement plusieurs réformes, et la paix dans le monde. On ne peut donc s’étonner qu’il figure parmi les invités de ce qui est devenu le Congrès international de Paris pour le rétablissement des Jeux olympiques, réuni en Sorbonne du 16 au 23 juin 1894.
C’est dans la correspondance qui s’ensuit entre les deux hommes, que Bréal, dans une première lettre datée du 15 septembre, évoque la « saveur antique » que revêtirait une « course de Marathon». Une course qu’il se propose de doter d’une coupe en argent offerte au premier coureur qui, parti de Marathon, arriverait à Athènes. « S’il ne mourait pas », ajoute-t-il en référence au récit de Lucien de Samosate racontant la course de Philippides, le messager qui, au terme de la bataille de Marathon, aurait rejoint Athènes pour annoncer, au prix de sa vie, la victoire des hoplites conduits par Miltiade sur l’envahisseur perse.
Une telle course n’allait pas de soi car elle « dépassait les audaces de l’époque », écrira plus tard Pierre de Coubertin dans ses Mémoires olympiques, au vu de la « distance énorme – entre quarante-deux et quarante-quatre kilomètres – et propre à être jugée déraisonnable même par les techniciens. »
Malgré ces réserves initiales, Coubertin finit par accepter la création de cette épreuve et le rêve de Michel Bréal devient réalité. La course répond à ses attentes : aucune autre épreuve ne suscite un tel enthousiasme, amplifié par le véritable triomphe national des Hellènes. Alors que les Grecs n’avaient jusqu’alors obtenu aucune médaille olympique, ils se classent aux trois premières places et le vainqueur, Spiridon Louys, entre à son tour dans la légende, établissant un lien direct et privilégié avec les temps anciens.
Après cette première célébration, au fil des Olympiades successives, le Marathon conservera cette signification qui en fait l’épreuve olympique la plus marquée historiquement, culturellement et dramatiquement.
Bernard Maccario




