COUBERTIN ET LE SPORT SCOLAIRE
La journée nationale du sport scolaire est une bonne occasion de rappeler l’influence de la vision pédagogique de Pierre de Coubertin sur la création des premières associations sportives scolaires.
Cette vision s’est formée lors de son premier voyage en Angleterre et sa découverte de la rénovation pédagogique des collèges, particulièrement celui de Rugby qui met en œuvre la méthode de Thomas Arnold. Il admire le self government, c’est-à-dire la prise en charge par les jeunes Anglais eux-mêmes de la gestion de leur association et de leurs compétitions, sans l’intervention constante des adultes ou des enseignants.
De ce premier voyage, dont il rend compte dans L’éducation en Angleterre (ouvrage publié en 1888), Coubertin retire la conviction que le sport n’est pas qu’un simple exercice physique mais qu’il peut être un outil éducatif puissant car il offre trois valeurs fondamentales :
– Le goût de l’effort : développer la persévérance et le courage pour progresser.
– Le fair-play : respecter l’adversaire et la règle.
– Le self government : initier à la responsabilité civique et à l’apprentissage de la démocratie par l’autonomie dans le sport.
Revenu en France, la campagne des hygiénistes, en 1887, donne l’occasion au baron de faire connaître ses positions sur l’intérêt des jeux sportifs de plein air pour reposer l’esprit, former les corps et forger les volontés. Il trouve un appui à l’École Monge, établissement privé laïc de Paris (futur Lycée Carnot), dont le directeur, Aimé Godart, est persuadé que, sans modifier les programmes, il est possible de réduire les heures de travail scolaire au bénéfice du sport. C’est d’ailleurs l’école Monge qui accueille, le 1er juin 1888 la première réunion du Comité pour la propagation des exercices physiques dans l’éducation, créé à l’initiative de Coubertin et présidé par Jules Simon (ancien ministre de l’instruction publique puis président du Conseil). Ce comité organise, quelques jours plus tard (le 4 juillet) le « premier jeu athlétique anglais » auquel participent les deux premières associations sportives scolaires de l’École Monge et de l’École Alsacienne.
L’année suivante, 1889, voit la fondation de la première association sportive dans un lycée d’État : le Lycée Lakanal de Sceaux, à l’initiative d’un élève, Frantz Reichel qui deviendra un grand nom du sport français. Et la même année, le Sport Athlétique du Lycée Lakanal participe, avec l’École Monge et l’Association Athlétique de l’École Alsacienne à un tournoi de « football-rugby » (première appellation du rugby d’aujourd’hui).
Le mouvement est lancé et, dans les mois suivants, des associations de même nature sont créées dans d’autres lycées : Louis-le-Grand, Michelet, Henri IV, Buffon… En 1894, la France compte 70 associations sportives scolaires.
Ces associations sont fédérées par l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques (USFSA), fondée en 1889, qui accueille la plupart des sports en train de se structurer. Organisme extérieur à l’école , dirigée par des adultes, l’USFSA doit, pour se développer, intégrer les associations scolaires qui regroupent la quasi-totalité des pratiquants du moment. Bien qu’il ait accepté le poste de secrétaire général de l’USFSA, Coubertin aurait souhaité une autre solution : une « Union scolaire » fonctionnant sous le haut patronage de l’Université.
Le délaissement de la dimension pédagogique du sport sera l’une des causes de la rupture entre Pierre de Coubertin et l’USFSA qui se traduira par son retrait des instances dirigeantes en 1906. Pour sa part, l’autonomisation du sport scolaire entendra jusqu’en 1938, la création de l’Office du Sport Scolaire et Universitaire (OSSU) par le ministre de l’éducation nationale du Front Populaire : Jean Zay.



