Le marathon de masse ou l’affirmation d’une nouvelle culture sportive
1965. Un seul marathon a lieu en France : le championnat national , organisé par la Fédération d’athlétisme. Seuls 6 concurrents sont au départ et le dernier termine en 3h 16mn 59sec…. Évoquant le marathon de ces années, le responsable des courses de grand fond à la Fédération explique que l’« on y venait parce qu’on n’était pas bon ailleurs. Nous étions des marginaux qui pratiquaient des épreuves pas très valorisantes et n’étaient pas pris au sérieux. »
2026. Marathon de Paris : 58 880 coureurs au départ et 57 464 qui ont bouclé le parcours dont près de 2500 en moins de 3heures.
Les chiffres sont explicites et démentent tous les commentaires qui prédisaient un simple effet de mode. L’engouement pour le marathon et, plus largement pour les épreuves de fond, voire de grand fond, n’est pas retombé. Preuve qu’il s’agit de l’affirmation d’une nouvelle culture sportive.
Née avec le jogging dans les années 1970, la course libre annonce les premiers traits distinctifs de cette pratique inédite : recherche du plaisir de courir, concentration sur l’effort individuel, revendication d’une autonomie hors fédérations, se réaliser sans se comparer aux autres.
Très vite les courses longues voient le jour : 10 km ; semi-marathon, marathon et bientôt ultra-marathon. Mais l’esprit initial demeure. On s’affranchit même des codes anciens : ces courses se veulent résolument populaires, c’est-à-dire sans discrimination, mêlant dans le même peloton hommes et femmes , jeunes et vieux, athlètes de haut niveau et néophytes. Le critère de réussite, lui-même s’est déplacé : désormais une nouvelle qualité vient enrichir les titres sportifs honorifiques, celle de finisher, dont les Américains ont bien compris la portée : « Finishing is winning ! » peut-on lire sur certaines pancartes au Marathon de New York.
On laissera aux sociologues le soin d’analyser les changements qui ont présidé à un tel déplacement des motivations sportives, ou encore les significations que peut revêtir cette quête de l’extrême où souffrance et plaisir se conjuguent, sans omettre la technicisation qui entoure cette pratique systématiquement contrôlée via des applications toujours plus sophistiquées.
On se contentera d’évoquer le paradoxe d’une endurance plébiscitée par un nombre toujours croissant d’adeptes du marathon, au moment où les derniers tests d’aptitude physique font apparaître que la moitié des élèves de sixième sont incapables de courir plus de 5 minutes, selon le ministère de l’éducation nationale.



